Tebboune, nouvelle façade du régime face à un Hirak persistant

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Résumé
Abdelmadjid Tebboune, nouvelle figure présidentielle du régime, ne peut prétendre à aucun “état de grâce”.

Abdelmadjid Tebboune, nouvelle figure présidentielle du régime, ne peut prétendre à aucun “état de grâce”. Le jour des élections et le jour d’après, de très nombreux Algériens étaient dans la rue pour afficher leur détermination à continuer d’exiger un changement de régime. L’homme qui va occuper le palais présidentiel d’El Mouradia permet au régime de refaire la façade mais il est loin d’incarner le changement. Les Algériens ont signifié dans les rues qu’ils ne considéraient pas que le scrutin du 12 décembre est une réponse aux revendications du Hirak, ce mouvement pacifique de contestation entamé le 22 février 2019.  

Pour la première fois dans l’histoire du pays le mot d’ordre de « boycott actif » a trouvé une traduction sur le terrain et tout indique que les Algériens qui manifestent ne sont prêts de “rentrer chez eux”. La répression brutale de la manifestation du vendredi à Oran a indigné le pays alors même que Abdelmadjid Tebboune s’adressait au mouvement de contestation pour appeler au  “dialogue”. 

Le message brutal envoyé par la répression de la manifestation à Oran faisait plus craindre une crispation autoritaire qu’une véritable ouverture en direction d’une Algérie qui s’est massivement abstenue - moins de 40% des électeurs ont voté selon les chiffres de participations officiels dont la crédibilité est contestée par les opposants - lors du scrutin du 12 décembre.  Mais avant un éventuel dialogue, le nouveau président, qui souffre d’un déficit de légitimité, va devoir décider rapidement de changement de gouvernement.  

La composition de ce gouvernement va être examinée à la loupe, mais aucun observateur ne s’attend à un départ du vieux chef de l’armée, le général de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, l’homme fort du pays qui a imposé l’élection. Sa reconduction au poste du vice-ministre (voire de ministre) de la défense et de chef d’état-major paraît acquise, Abdelmadjid Tebboune n’ayant nullement donné des signes d’une volonté d’émancipation à l’égard de l’hégémonie politique du commandement de l’armée. Bien au contraire. Ses premiers remerciements étaient à l’endroit du chef de l’armée. La reconduction de Gaïd Salah sera probablement présentée comme répondant au souci d’éviter un retour de la 3issaba (la bande), terme vague désignant aussi bien le clan présidentiel que les réseaux présumés de l’ancien chef des services, le général Mohamed Mediene, dit Toufik, condamné le 25 septembre 2019 à 15 ans de prison par le tribunal militaire ainsi que son successeur, le général Bachir Tartag, le frère du président déchu, Saïd Bouteflika et Louisa Hanoune, dirigeante du parti des travailleurs.  Mais l’argument de lutte contre la “bande” a peu de chance de convaincre le Hirak qui verra dans le maintien de Gaïd Salah, la continuité, derrière une apparence civile, de cet “Etat militaire” dont il ne veut plus. 

La question est importante car elle détermine la nature du “dialogue”, les Algériens ayant pris l’habitude des opérations de pure forme - la dernière étant la commission de dialogue et de médiation dirigée par Karim Younès - destinées à faire passer des décisions déjà prises. La méfiance à l’égard du pouvoir, jusque-là incarné par Gaïd Salah et que se donne une nouvelle apparence, reste forte.  D’autant que le Hirak n’entend pas accepter 

Le professeur de sociologie politique, Lahouari Addi pose ouvertement la question: si la négociation est indispensable, quel sera son objet. “Le FLN a bien signé les Accords d’Evian avec la France coloniale. Maintenant que les généraux ont un représentant civil officiel en la personne de Abdelmadjid Tebboune, il faut négocier avec lui la transition vers un Etat de droit». Il est évident pour la plupart des observateurs qu’il est impossible d’envisager un dialogue ou une négociation sans le préalable de la libération des détenus d’opinions. Certains de ces détenus ont accompli la peine, d’autres sont en prison, comme le héros de la guerre d’indépendance, Lakhdar Bouregaa, les activistes politiques Karim Tabou, Fodil Boumala, Samir Belarbi ou encore les dirigeants de l’association RAJ (Rassemblement action jeunesse) systématiquement ciblés par les services de sécurité. Les poursuites pour port de drapeau amazigh présenté comme une atteinte à “l’unité nationale” ont exacerbé les tensions entre les manifestants et le pouvoir. Chose remarquable si des tribunaux ont condamnés des manifestants pour port de drapeau amazigh, d’autres tribunaux les ont acquitté et ordonné qu’on leur restitue les drapeaux saisis.  Ces affaires de drapeaux amazigh, utilisé dans  une apparente volontiers de diviser, à fait d’une question, déjà résolue par la question, un “problème”. Le fait qu’il n’y a pas eu de vote en Kabylie est le signe que ce jeu malsain est contre-productif. Les Algériens dans les autres régions du pays ont ainsi rendu hommage aux Kabyles qui ont empêché un vote qu’ils ne désiraient pas.  Les exigences politiques du Hirak sont hautes et certaines énumérées par Lahouari Addi ciblent le coeur même du système: “Dissolution de la police politique et renforcement des capacités de l’espionnage et du contre-espionnage pour protéger le pays des velléités étrangères, Mise à la retraite automatique de tous les officiers supérieurs âgés de plus de 65 ans, démission de tous les officiers possédant en leur nom ou sous prête-nom des affaires commerciales…”.  Il est évident que le régime ne va pas céder facilement, d’où les appels à poursuivre le Hirak sans renoncer à son aspect pacifique qui fait sa singularité.

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Ghada Hamrouche is an Algerian journalist. She has worked for several media outlets, including Le siècle, Le Matin, La Tribune and HuffPost Algeria. On Twitter: @GhadaHamrouche

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