Les emails d'Hillary Clinton contredisent la version française de la guerre en Libye

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Résumé
Un ancien membre de la CIA prétend que le service de renseignments français aurait "créé" le group rebelle contre Mouammar Kadhafi.

Des espions français auraient secrètement organisé et financé la révolte contre Mouammar Kadhafi, selon des emails confidentiels adressés à Hillary Clinton et rendus public le 22 juin.

Les notes de Sidney Blumenthal, conseiller de Clinton, contredisent l’histoire française de l'intervention en Libye et soulèvent de nouvelles questions sur une guerre qui a renversé un dictateur mais a laissé chaos et radicalisme à sa place. Les emails, supposément rédigés par l'ancien agent de la CIA Tyler Drumheller, ont été publiés par la commission spéciale au Congrès enquêtant sur l'attaque contre la mission diplomatique américaine à Benghazi en 2012.

L’histoire souvent répétée dans les médias en France raconte que le président à l'époque, Nicolas Sarkozy, aurait été indigné de la répression de Kadhafi contre les manifestants en février 2011 mais ne savait qui soutenir contre lui. L'intellectuel et star médiatique Bernard-Henri Lévy, qui a rencontré Mustafa Abdul Jalil, président du conseil national de transition, le 4 mars à Benghazi, aurait immédiatement appelé Sarkozy et réussi à convaincre le président français d’inviter Jalil à l'Elysée et de reconnaître le conseil comme gouvernement officiel - chose faite le 10 mars.

Les emails à Clinton racontent une histoire nettement moins héroïque.

Selon une note du 22 Mars 2011, "des agents" de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) - le service de renseignements français – "ont commencé une série de réunions secrètes" avec Jalil et le général Abdul Fatah Younis à Benghazi dès la fin février et leur aurait donné «de l'argent et des conseils» pour mettre en place un conseil dont la formation sera annoncée le 27 février. Les agents, «qui parlent conformément aux ordres de [Sarkozy], ont promis que dès que le [Conseil] est conçu, la France [le] reconnaîtra comme étant le nouveau gouvernement Libyen.»

Selon la note, «en retour de leur aide, les agents de la DGSE ont indiqué qu'ils s’attendent à ce que le nouveau gouvernement Libyen favorise les entreprises françaises et les intérêts nationaux, en particulier en ce qui concerne l'industrie pétrolière en Libye.»

Les emails ajoutent que Jalil et Younis «ont accepté cette offre» et «sont restés en contact avec les agents de la DGSE au Caire.» La note est intitulée: «Comment les Français ont créé le conseil national libyen, ou l'argent parle.»

Une autre note datée du 5 mai affirme que des personnes proches du conseil ont affirmé «dans la plus grande confidentialité» que, dès la mi-avril 2011, des vols humanitaires français ont également inclus «les dirigeants de la compagnie française TOTAL, le géant de la construction VINCI, et le groupe aéronautique et de défense européen EADS.» Des vols ultérieurs ont prétendument transporté des représentants «du conglomérat THALYS et d'autres grandes entreprises françaises qui ont tous des liens étroits avec [Sarkozy].»

«Après avoir rencontré le [conseil], ces hommes d’affaires français départent discrètement via Tobrouk pour l'Egypte,» selon l'email. «Ces convois sont organisés et protégés par des agents paramilitaires [de la DGSE].»

La note ajoute que Lévy lui-même aurait eu l'idée - et obtenu la signature du conseil - d'un accord promettant de favoriser les entreprises françaises en matière d'affaires. Des sources dites "proches de la DGSE" auraient ajouté que Lévy se serait servi de «son statut de journaliste pour assurer une couverture pour ses activités.»

Une note de septembre 2011 affirme quant à elle que Sarkozy aurait appelé les Libyens à réserver 35% de leur industrie pétrolière pour les entreprises françaises - Total en particulier - quand il s’est rendu à Tripoli ce mois-là. À la fin, cependant, la société italienne Eni est arrivé en tête, tandis que des entreprises russes et chinoises attendent le bon moment, alors même que la production de pétrole libyen a chuté en raison de la guerre civile.

La véracité du contenu des notes est difficile, voir impossible, à établir.

Alors que Lévy a longtemps été un personnage controversé en France, le conseil Libyen est déchiré par des rivalités internes qui pourraient expliquer des fuites destinées à ternir la réputation des certains de ses chefs. Younis lui-même sera assassiné en Juillet 2011 – à la demande personnelle de Jalil, selon une note adressée le 8 août à Clinton. Drumheller aussi est un personnage controversé à cause de son rôle dans la période qui a précédé l'invasion de l'Irak en 2003; alors que la Gauche Américaine le glorifie comme diseur de vérité, la Droite dit qu'il a aidé à composer certaines informations fausses qu’il a discréditées plus tard.

L'ambassade de France à Washington a refusé de commenter, même pour réfuter les allégations à l'encontre de la France. Le ministère français de la défense, qui supervise la DGSE, n'a lui non plus rien à ajouter.

"Le centre de presse du ministère de la Défense a bien pris en compte votre demande et vous remercie pour l’intérêt que vous portez aux questions de Défense," l'agence a déclaré à Al-Monitor par email. "Vous vous doutez bien que le ministère de la Défense ne répondra pas à votre question."

Le Département d'Etat Américain a également refusé de commenter sur le contenu des emails de Clinton, qui ont été envoyés à une adresse email personnelle qu'elle a gardé quand elle était secrétaire d'Etat. Les Républicains critiquent l'utilisation de cette addresse secrète pour saper la course présidentielle de Clinton et accusent le Département d'Etat de ne pas les avoir remis à la commission spéciale.

«Ces emails auraient dû être ajoutés aux archives publiques lorsque Clinton a quitté ses fonctions et, au minimum, auraient dû être inclus lorsque le Département d'Etat a publié les documents sélectionnés par Clinton sur la Libye,» Trey Gowdy, président de la commission, déclare dans un communiqué le 22 juin. «C’est pour cette raison que la commission a pris la décision de publier la dernière série de documents publics de Clinton que la commission a révélée.»

Le rôle des agents de renseignements français en Libye avait déjà été mentionné, notamment dans le livre de 2012 intitulé « La vérité sur notre guerre en Libye,» par l'historien français Jean-Christophe Notin. Le livre dit que le rôle de Lévy dans la décision française de faire la guerre avait été exagéré.

"Tout n'a pas été dit sur cette guerre, parce qu'il n'y a eu qu'un seul narrateur: Bernard-Henri Lévy," Notin raconte à l'Express en 2012, "Certes, il a été l'un des intermédiaires des Libyens. Cependant, son récit occulte non seulement les faits d'armes de la coalition, mais aussi le travail souterrain des responsables diplomatiques et militaires présents, parfois de longue date, en Libye."

D'autres emails rendus public le 22 juin suggèrent que Sarkozy était déterminé, dès le début de l'insurrection, à se débarrasser de Kadhafi en dépit d'efforts en pour se rapprocher de lui après l'abandon du programme d'armemement Libyen et l'établissment de liens plus étroits avec l'Occident. Une note du 20 mars, par exemple, affirme que Sarkozy «prévoit que la France dirigera les attaques contre [Kadhafi] sur une période de temps étendue» et «considère cette situation comme une opportunité pour la France de s’affirmer comme puissance militaire.»

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